Sète et le bassin de Thau

Interview de Louis Martinez de Jazz à Sète : Les coulisses d’un festival de jazz estival à Sète

Louis, vous avez fondé Jazz à Sète en 1985 et vous le dirigez toujours plus de trente ans après : si vous deviez raconter les coulisses du festival à quelqu’un qui ne connaît que les concerts au Théâtre de la...

8 juillet 2026 7 min de lecture
Interview de Louis Martinez de Jazz à Sète : Les coulisses d’un festival de jazz estival à Sète

Louis, vous avez fondé Jazz à Sète en 1985 et vous le dirigez toujours plus de trente ans après : si vous deviez raconter les coulisses du festival à quelqu’un qui ne connaît que les concerts au Théâtre de la Mer, par où commenceriez-vous et quel est, pour vous, le cœur invisible de cette aventure ?

Les coulisses appelées aussi « Backstage »ont toujours été plus excitantes pour moi, car elles représentent la finalité de plusieurs mois de travail. On y voit l’équipe technique s’affairer avec un grand professionnalisme pour que tout soit parfait sur scène. On peut croiser également les artistes au Catering ou juste avant leur concert. On y reçoit des partenaires institutionnels ou privés et je me tiens prêt 5 minutes avant chaque concert et c’est Paul-Eric ( la voix du Théâtre ) qui m’invite à monter sur scène pour présenter en quelques mots le groupe.

En tant que guitariste et pédagogue, comment votre regard de musicien influence-t-il très concrètement la préparation en amont : des premiers coups de fil aux artistes jusqu’aux balances sur scène, quelles sont les étapes clés – et les tensions – que le public n’imagine pas ?

J’écoute de la musique tout au long de l’année. Celle que les productions me proposent, mais aussi celle que je peux découvrir sur les plateformes ou que je vais voir en live. Le coup de cœur est quelque chose d’indéfinissable, mais qui est très important dans mes choix. Je fais confiance à mon instinct depuis toujours.Quel plaisir de partager cela ensuite avec le public ! Par contre, je suis quand même obligé de tenir compte des contraintes budgétaires liées au prix du plateau et à la capacité du Théâtre. Paradoxalement, ce-sont les soirées les plus chères qui se vendent le mieux, car elles sont directement liées à la notoriété de l’artiste et non à son talent. Très souvent sur ce type de soirée, il nous serait possible de remplir 2 Théâtres et même davantage. Alors je profite de ces soirées pour programmer des découvertes en première partie.

Le Théâtre de la Mer est devenu indissociable de l’identité de Jazz à Sète depuis 1996. Pouvez-vous nous décrire une journée type en plein festival sur ce site : de l’arrivée des équipes techniques à la tombée de la nuit, quels sont les principaux défis logistiques, sonores et humains posés par ce lieu à ciel ouvert face à la Méditerranée ?

Les journées commencent tôt au Théâtre et c’est l’équipe technique, l’équipe du Catering et Cathy, notre responsable régie qui arrivent sur place très tôt. C’est ensuite l’arrivée des premiers artistes qui découvrent le lieu et leurs loges. Un déjeuner sous forme de buffet est proposé le midi pour tous ceux qui sont présents, puis viennent ensuite les balances, l’accueil des journalistes, les interviews, les photographes et l’accueil des partenaires pour les Cocktails et le coin VIP. Vient ensuite l’heure de l’ouverture des portes au public. Il fait encore jour lorsque le premier groupe entre sur scène. L’entracte permet à l’équipe technique de procéder au changement de plateau et à la buvette et aux stands de servir le public.Puis c’est à la nuit tombée que se présente la tête d’affiche et que la magie du lieu opère vraiment.

La programmation 2026 aligne des artistes majeurs comme Diana Krall, Samara Joy ou Cécile McLorin Salvant. Comment se négocie, en coulisses, l’équilibre entre ces grandes têtes d’affiche internationales, la place réservée aux découvertes, et les contraintes très concrètes de budget, de calendrier et d’accueil artistique ?

Je pense avoir répondu en grande partie à ces questions. La grande difficulté est de pouvoir tenir encore, malgré la hausse des coûts de plateaux et de toutes les autres augmentations, tout en gardant ma ligne de conduite qui vise l’excellence dans mes choix. La quantité est trop souvent préférée à la qualité alors que cette dernière est essentielle à la culture.

Au-delà de la grande scène, vous développez un « OFF » et des événements hors les murs (Mas Neuf, Valmagne, Marseillan, Balaruc). Qu’est-ce que cela change, en back-office, en termes d’équipes, de logistique, d’acoustique et même de relation avec les musiciens, par rapport au dispositif très cadré du Théâtre de la Mer ?

Il est important à mon sens d’organiser des concerts en ville et autour de l’agglomération. Ces derniers sont en grande majorité gratuits et ils permettent souvent au public de découvrir des projets de qualité et de se faire une idée plus précise du Jazz et de tous les styles que ce mot comporte. C’est un gros travail que d’organiser cela, car il faut trouver les lieux où les communes qui participent en partie à auto-financer ces projets. J’ai depuis longtemps des équipes qui assurent au mieux la logistique, la sonorisation et l’organisation de ces événements.

En regardant l’évolution du festival depuis 1985 jusqu’à cette 31e édition, comment imaginez-vous les coulisses de Jazz à Sète dans dix ans : quels enjeux voyez-vous arriver (environnement, nouvelles technologies, renouvellement du public, conditions de tournée des artistes) et comment vous y préparez-vous déjà ?

En 40 ans, bien des choses ont changé. Il faut suivre cette évolution et s’y adapter. Il y a déjà pas mal d’années que j’ai l’occasion de programmer du Hip-hop afin de sensibiliser un public plus jeune. Par contre, il est essentiel pour moi de trouver des projets de qualité et j’avoue que c’est moins facile dans ce style. Je continue de croire aux belles mélodies et harmonies, mais aussi au rythme. Il y aura toujours un public sensible à cela. Je découvre très souvent de jeunes talents formidables qui seront je l’espère les stars de demain grâce à leur originalité, leur créativité, leur honnêteté musicale et leur talent naturel. Tous ces facteurs sont liés à un travail personnel énorme et l’IA ne pourra jamais s’y substituer.

Pour conclure, quel conseil ou message aimeriez-vous adresser aux jeunes musiciens, techniciens ou bénévoles qui rêvent de participer aux coulisses d’un festival comme Jazz à Sète et de faire vivre le jazz en plein été, face à la mer ?

e leur dirais avant tout d’oser franchir le pas. Un festival ne vit pas seulement grâce aux artistes que l’on voit sur scène, mais aussi grâce à toutes celles et ceux qui travaillent dans l’ombre avec passion, qu’ils soient musiciens, techniciens, bénévoles ou membres de l’organisation.

Chaque expérience est une occasion d’apprendre, de rencontrer des personnes inspirantes et de grandir, humainement comme professionnellement. Il faut rester curieux, être à l’écoute, accepter que les journées soient parfois longues et exigeantes, mais ne jamais perdre de vue la magie du moment où la musique prend vie devant le public.

Le jazz est une musique de partage, d’écoute et d’improvisation. Ces valeurs se retrouvent aussi dans les coulisses d’un festival : chacun apporte sa note pour que l’ensemble sonne juste. Alors, soyez passionnés, investissez-vous avec sincérité et n’ayez pas peur de commencer par les petites missions. Ce sont souvent elles qui ouvrent les plus belles portes.

Et puis, il y a quelque chose d’unique à voir le soleil se coucher sur la Méditerranée pendant qu’un concert commence. Participer à faire vivre ces instants, offrir cette émotion au public et contribuer, à sa manière, à faire rayonner le jazz est une aventure qui marque durablement une vie.

Pour en savoir plus : https://jazzasete.com